Compay Segundo
Compay Segundo ( Francisco Repilado de son vrai nom) est né en 1907 à Siboney, un petit village proche de Santiago de Cuba. Il commence à apprendre la guitare enfant. Puis il passe au "Tres" (guitare cubaine à trois cordes doubles), mais se lasse vite de cet instrument."Alors j'ai inventé l'Harmonico, une guitare à sept cordes, plus sophistiquée". Il écrit son premier standard, "Yo vengo aqui", à 15 ans. Il connaît ses premières heures de gloire à la fin des années 40, au sein d'un duo, "Los compadres". Leur renommée s'étend à Cuba et dans toute l'Amérique latine.
La légende de Compay Segundo s'installe tranquillement, mais sûrement. Arrive la Révolution. Compay continue sa carrière tout en travaillant comme rouleur de cigares dans une fabrique étatique. "C'était une époque bénie, raconte-t-il. Moi, je travaillais à la fabrique et lorsque des musiciens avaient besoin de moi, ils me téléphonaient. Ce qui me permettait de mener les deux activités de front sans aucun problème. Pour moi, le cigare est aussi important que la musique, aussi indispensable à ma vie".
Chantant des textes apolitiques, Compay n'a jamais été inquiété par la censure. C'est pourquoi il n'a jamais été tenté par l'exil. "Je suis bien trop attaché à ma terre pour m’enfuir". Depuis deux ans, avec le renouveau du "Son", il bénéficie d'un retour sous les projecteurs. Ce qui, bien loin de lui monter à la tête : "La musique vit des cycles, dit-il en souriant, et il y en a dans lesquels mes chansons s'insèrent". Ce qu'il omet de préciser, c'est l'incroyable popularité dont il jouit chez les jeunes.
Un jour qu'il visitait une école, un élève l'a reconnu et toute une classe s'est mise à chanter "Chan chan", l'un des plus grands succès de Compay Segundo. Les enfants le reconnaissent dans la rue. Le secret de cette aura réside peut-être dans la verdeur de ce jeune homme de 90 ans. Sa vitalité éclate même lorsqu'il se laisse aller à une pointe de nostalgie : "La musique de mon époque était plus romantique. Le bolero, les sérénades, inspiraient des danses plus sensuelles que la salsa. C'était plus facile et élégant pour séduire les femmes".
L'affable musicien amoureux des cigares, des fleurs et du rhum, a tiré sa révérence à 95 ans, le 14 juillet 2003. Compay Segundo qui repose à Santiago de Cuba, n’aura probablement eu qu’un seul regret dans sa vie : ne pas avoir fait mieux que sa grand-mère qui avait atteint les 115 ans.
Magali Bergès
Réagir
Copiez et collez dans votre blog le code ci-dessous:
|